Faisons de cette Coupe du monde une expérience inoubliable pour tout le monde au Canada

Par Anuradha Dugal, directrice générale d’Hébergement femmes Canada

L’équipe masculine canadienne de soccer est entrée dans l’histoire lors de cette Coupe du monde, mais pour les femmes subissant la violence conjugale, la situation n’a fait qu’empirer.

Malgré des exemples bien connus comme le procès de Hockey Canada et le scandale des abus sexuels dans le milieu de la gymnastique aux États-Unis, un nombre surprenant de personnes ignorent que la violence est liée au sport. Les grands événements sportifs s’accompagnent régulièrement d’une hausse pouvant atteindre 33% des cas de violence conjugale à travers le monde. Au Canada, une étude menée par l’Université de Calgary a mis en évidence des pics de violence conjugale pendant le Stampede de Calgary et lors des matchs de football américain décisifs.

Et on le constate à nouveau aujourd’hui. Au cours des deux premières semaines de la Coupe du monde, plus de 5 000 personnes ont consulté www.hebergementfemmes.ca, un site web d’Hébergement femmes Canada qui permet de trouver la maison d’hébergement la plus proche ainsi que sa ligne d’écoute accessible 24/7. C’est plus du double par rapport à la même période au cours des trois dernières années.

À Vancouver, l’organisation Battered Women’s Support Services a enregistré une hausse de 20% du nombre d’appels après avoir prolongé les horaires de sa ligne d’urgence à l’occasion de la Coupe du monde.

Cela ne veut pas dire que le sport ou la Coupe du monde soient néfastes en soi. On constate également régulièrement une recrudescence de la violence lors des grandes fêtes, par exemple. Ce n’est pas le jeu en lui-même qui est à l’origine de cette hausse de la violence; ce sont plutôt les auteurs qui, d’une manière générale, sont déjà violents et ne parviennent pas à gérer les facteurs supplémentaires liés aux grands événements sportifs. Des facteurs tels que les sentiments nationalistes, les émotions exacerbées, l’affluence croissante et la consommation effrénée d’alcool. Qu’il s’agisse d’une victoire, d’une défaite ou d’un match nul, ce sont souvent les femmes qui en font les frais.

L’organisation de la Coupe du monde entraîne des coûts bien réels pour les villes et les collectivités. À l’approche du tournoi actuel, 145 cas de violations des droits de la personne ont été signalés lors de la Coupe du monde des clubs aux États-Unis, dont 40 à 50 incidents de haine, soit plus que pendant l’ensemble de la Coupe du monde de la FIFA 2022 au Qatar.

Dans les trois pays d’accueil, la violence conjugale reste l’une des formes les plus courantes de violence faite aux femmes, avec des centaines de milliers de cas signalés chaque année et bien d’autres qui ne le sont pas. Partout au Canada, les services de première ligne, notamment les lignes d’écoute d’urgence, les maisons d’hébergement et les centres d’aide aux victimes d’agressions sexuelles, fonctionnaient déjà à plein rendement, voire au-delà, avant même le début de la Coupe du monde.

Si les entreprises et les grands groupes peuvent engranger d’énormes bénéfices privés pendant ces Jeux, les coûts sociaux et individuels pour les communautés vulnérables sont incalculables. Nous devons prendre conscience de ces coûts et y remédier. Outre les ressources suffisantes pour les services de première ligne, nous avons aussi besoin de logements abordables, de programmes de prévention et d’autres mesures de soutien destinées aux survivantes, afin qu’elles n’aient pas à retourner dans des situations de violence. Et nous devons reconnaitre que la violence conjugale nous concerne tous et toutes; ce n’est pas un «problème de femmes». Il s’agit d’un enjeu sociétal crucial qui doit être reconnu comme l’épidémie qu’il est.

Le Canada a malheureusement été éliminé de la Coupe du monde par le Maroc le week-end dernier. Mais alors que les quarts de finale débutent aujourd’hui, les supporters de tout le pays continueront à encourager leur équipe préférée parmi les huit encore en lice.

Changeons le cours de cette Coupe du monde historique pour les femmes exposées à la violence. Il existe de l’aide. Aidez-les à faire un plan de match. Rendons ce beau sport encore plus beau pour tout le monde.